Le vocabulaire : l'ossature du langage

Que serait un corps sans colonne vertébrale ? Une masse amorphe, molle, flasque, sans vie réelle. Ainsi en va-t-il de beaucoup de jeunes - et même d'adultes - aujourd'hui. Leur pensée est pauvre parce que ne pouvant s'appuyer sur un vocabulaire riche, varié. Car le vocabulaire, c'est un peu comme une boîte à outils, l'on y puise ce dont on a besoin : le mot approprié pour l'orateur ou l'écrivain, l'outil adapté pour le manuel. Que ferait, en effet, l'homme de métier, si qualifié soit-il, s'il ne peut disposer à tout moment du matériel, de l'outillage adéquat ? Peu de chose en fait.

Comment enrichir son vocabulaire ?

Nous connaissons beaucoup plus de mots que nous le croyons. Mais voilà : ils ne sont bien souvent pas directement disponibles. Ils appartiennent à notre vocabulaire passif, c'est-à-dire compris, connu mais pas employé spontanément. Tout l'effort de l'éducation consistera donc à faire passer les mots appartenant au vocabulaire passif à ceux du vocabulaire actif, c'est-à-dire celui qui est employé couramment, quotidiennement, presque inconsciemment pour ainsi dire.

Comment y parvenir ?

Tout dépend évidemment de l'âge de votre enfant. Avec le petit, un livre d'images que vous commenterez suffira amplement. Des ouvrages comme "Les farfeluches" ont fait le bonheur de beaucoup d'enfants. Les thèmes qui leur sont chers seront en premier lieu abordés : la famille, l'école, la ferme, la ville, la campagne, ...

Les mots croisés adaptés à son âge ne seront pas négligés. Cet exercice postule de la recherche. Exercice très bénéfique car un mot en amène un autre. Cela fait vite boule de neige. Très enrichissant. Valorisant aussi car l'enfant va être stimulé par ses progrès qui seront rapides.

Les jeux de lettres constituent une autre activité intellectuelle de haut niveau pour cet âge et donc de grand apport aussi. Car ses connaissances vont se développer, s'approfondir, bref : s'enrichir. La sphère de ses connaissances, rudimentaires au début, va s'étendre. Au grand bonheur de ses parents. Car cette activité va mettre en jeu un ensemble de mécanismes faisant intervenir la pensée, la parole.

Le dictionnaire (illustré ?) pour les jeunes, comme outil de travail, est à encourager. Absolument indispensable. Un ouvrage de référence obligatoire, incontournable pour employer un mot à la mode. Pour tout dire : irremplaçable. Fait pour être consulté par définition. Et fréquemment de préférence. Indissociable de toute activité intellectuelle digne de ce nom.

Avec ce recueil de mots, nous entrons de plain-pied dans le vif du sujet.

Quand votre enfant aura au moins douze ans, voici un exercice de recherche salutaire entre tous : la famille de mots. Exemple. Prenons le radical terre et ajoutons-y soit un préfixe, soit un suffixe, soit aussi les deux. Voici ce que cela donne :

Radical Préfixe + radical Radical + suffixe Préfixe + radical + suffixe
       
terre pied-à-terre terrestre extraterrestre
  parterre terrien atterrir (cf. amerrir, alunir)
    terrasse atterrissage
    terreau (= humus) cul-terreux (paysan)
    terreautage terrer (exhumer)
    terreauter enterrement (inhumation)
    terre-plein enterrer (inhumer)
    terreux souterrain
    terrier  
    terril atterrer (consterner)
    terre-à-terre atterrant (accablant)

° Finistère : "là où se finit la Terre".

Et si vous vous essayiez avec le beau mot fleur ? Une famille riche d'enseignement s'il en est.

Et sans doute, bien d'autres aussi. Le but n'est pas tant d'être exhaustif à tout prix, mais plutôt de monter le chemin, la voie à une recherche active et enrichissante. Si vous pouvez lui insuffler votre enthousiasme, votre passion, la partie est gagnée. Et une grande étape dans son édification est gagnée : l'autonomie intellectuelle naissante. Tant mieux pour lui et pour vous aussi. Il n'en retirera que des avantages.

Il est une autre - l'ultime, dirons-nous -, façon d'appréhender les mots, les apprivoiser en quelque sorte. C'est l'étymologie. La voie royale. La cerise sur le gâteau, le couronnement de votre entreprise. Avec elle, vous devenez un amoureux des mots. Vous vivez avec eux, vous ne pouvez pas faire autrement. Comment, en effet, résister au charme étymologique des mots comme :

aspirine : littéralement "fait sans spirée", parce que cet acide synthétique n'est pas tiré de cette plante qui le contient naturellement
aubade : cf. aube
             o L'aube fait référence à la couleur blanche (lat. alba, albus).
aubépine : littéralt "épine blanche"
banlieue : territoire d'environ une lieue autour d'une ville - cf. ban
benêt : de benoît "béni"
benjamin : "enfant préféré", littéralement "enfant du bonheur"
1. berge (mot d'origine gauloise) : bord d'un cours d'eau ;
2. berge (mot tsigane) : année d'âge (familier)
canicule : it. canicula "petite chienne"*
clebs : arabe algérien klab
cobaye : du tupi-guarani par le portugais
(ne pas prononcer cobaye comme cobée... qui est une plante grimpante !)
comprendre : prendre (saisir) avec (par) l'esprit
connaître : de la même famille que noble
copain : celui qui mange le même pain que
couvent mais conventuel (adjectif)
décimer : "punir de mort un soldat sur dix"
deus ex machina : "un dieu (descendu) au moyen d'une machine"
dextre : "qui est à droite" , d'où : droit
enfeu : cf. enfouir, d'où : fosse
faubourg : "hors (du) bourg", d'où : faubourien
1. feu (nom) : cf. "foyer" ;
2. feu, feue (adjectif) : de "fatum", c'est-à-dire fée
florin : cf. "fleur"
for intérieur : du latin forum "place publique", "tribunal"
                     o le tribunal de la conscience
futé (adjectif) : cf. "fuir"
(vouer aux) gémonies : "(escalier) des gémissements", à Rome, où on exposait les cadavres des condamnés après leur strangulation, avant de les jeter dans le Tibre
geôle : de cavea, "cage" (enjôler : "engeoler", c'est-à-dire emprisonner, encager
* Montaigne qualifiait les collèges de son temps de geôles de jeunesse captive
géromé : prononciation régionale de Géradmer (fromage)
gibelin : de Weibelingen, nom d'un empereur d'Allemagne (contraire guelfe)
gitan : "Égyptien" car on croyait qu'ils venaient d'Égypte
gnon : aphérèse de oignon
à gogo (locution adverbiale) et gogo (nom) n'ont pas la même étymologie
gomorrhéen, gomorrhéenne : de Gomorrhe (cf. aussi sodomite)
gothique et gotique : apparentés étymologiques
grève : (de faire grève, être en grève) "se tenir sur la place de Grève, à Paris, en attendant de l'ouvrage"
guelfe : de Welf, nom d'une famille d'Allemagne qui prit le parti des papes
guillemet : de Guillaume, nom de l'imprimeur qui inventa ce signe
guillemot : diminutif de Guillaume, oiseau palmipède voisin du pingouin
guillotine : de Guillotin
hécatombe : "(sacrifice) de cent bœufs"
holocauste : "brûlé tout entier"
hongre : (cheval) hongre "hongrois", l'usage de châtrer les chevaux étant hongrois
horripiler : "avoir le poil hérissé"
hôte, hôtesse : 1. personne qui donne l'hospitalité ;
                       2. personne qui reçoit l'hospitalité
infarctus : "farcir"
ingambe : italien in gamba "en jambe"
jacobin : "Jacques", l'hospice des pèlerins pour Saint-Jacques-de-Compostelle ayant été confié à ces religieux
jadis : "il y a déjà des jours" ; ne pas confondre avec naguère ("il n'y a guère")
jovial : "de Jupiter" (dieu ou planète)
cf. saturnien (opposé à jovial) : de Saturne (divinité italique et romaine ; planète du Système solaire)
jumeau : cf. gémeau (Les Gémeaux : Castor et Pollux)
lauréat : "couronné de laurier"
lavande : italien lavanda "qui sert à laver", la lavande servant à parfumer l'eau de toilette
lesbien, lesbienne : de Lesbos, patrie de la poétesse Sapho (île de la mer Égée)
lieutenant : "tenant lieu de"
limoger : 1916 ; de Limoges, ville où Joffre affecta des généraux jugés incapables
1. lustre : sacrifice, cérémonie purificatrice célébrée tous les cinq ans : cinq années ;
2. lustre : cf. luire : éclat ; enduit ; appareil d'éclairage
lyncher : procédé de justice sommaire attribué à Ch. Lynch, juge de Virginie
magnanime : "esprit noble", d'où : âme
magnum : "grand", d'où : maître
Charlemagne (Charles le Grand)
avoir maille à partir avec qqn : proprement avoir un demi-denier à partager avec qqn
marionnette : de Marie ; cf. marotte
maroquin : de Maroc
marotte : de Marie ; cf. marionnette
(se mettre) martel (en tête) : cf. marteau
matelot : moyen néerlandais mattenoot "compagnon de couche", les matelots ne disposant autrefois que d'un hamac pour deux
mausolée : "tombeau du roi Mausole"
méridienne : (heure) de midi ; cf. sieste - d'après la division romaine du jour
méso- : "au milieu, médian"
mésopotamien : "entre deux fleuves" (entre le Tigre et l'Euphrate)
métastase : "changement de place"
mirepoix (sauce mirepoix) : du nom du duc de Mirepoix
molaire : "(dent) en forme de meule", d'où : moudre
moleskine : anglais "peau (skin) de taupe (mole)"
molosse : "chien du pays des Molosses", en Épire
mordoré (adjectif) : de maure et doré
moreau, morelle (adjectif) : "brun comme un Maure"
moult (adverbe) : cf. multitude
moutard : cf. lyonnais moté "gamin"
moutarde : cf. moût
muguet : altération de muscade, à cause du parfum
myriade : dix mille, d'où : myriapode (mille-pattes)
myosotis : "oreille de souris", à cause de la forme des feuilles
nacelle : cf. nef
naguère : "il n'y a guère" ; ne pas confondre avec jadis : "il y a déjà des jours"
nasique :"au grand nez"
              1. grande couleuvre arboricole de l'Inde ;
              2. grand singe des forêts tropicales d'Asie
nigaud : abréviation de Nigodème, prononciation populaire de Nicodème
nougat : gâteau de noix
oblat : latin oblatus "offert", p. p. de offerre, l'oblat se donnant à un couvent avec ses biens
orchidée : "petit testicule" ; cf. orchite (inflammation du testicule)
otage : de oste "hôte", les otages étant d'abord logés chez le souverain
passiflore : "fleur de la passion"
pétrole : proprement "huile de pierre"
primevère : "premier printemps"
propolis : "entrée d'une ville"
providence : "pouvoir"
pygmée : "grand comme le poing"
quartan(n)ier : de quart an "quatrième année (d'un sanglier)" ; sanglier de quatre ans
remords : de remordre
rempart : cf. emparer
renoncule : "petite grenouille", nom donné à la renoncule aquatique
repas : "pâtée, pâture" ; d'où paître, repaître
repère : "revenir au point de départ" ; cf. père
réseau, résille ; rétiaire, rétine : cf. rets
résipiscence : "retour à la raison"
resquiller : cf. quille "jambe"
résurrection : "le fait de se lever de son siège" ; "se relever"
rez : variante de ras
rhododendron : "laurier-rose des Alpes" ; du grec rhodon "rose" et dendron "arbre"
rissoler : cf. rouge
robe : cf. dérober, d'où : "vêtement dont on a dépouillé qqn"
robinet : de Robin (au Moyen Âge, nom donné au mouton), les premiers robinets ayant souvent la forme d'une tête de mouton
roc : ancienne forme masculine de roche
romarin : proprement "rosée de mer"
rosaire : "guirlande de roses dont on couronnait la Vierge"
roumi : "pays soumis par Rome"
safari : mot swahili "bon voyage" ; de l'arabe safora "voyager"
salami, salmigondis : cf. sel
sanglier : "(porc) qui vit seul"
sanhédrin : mot araméen, employé dans les Évangiles (cf. synode)
sansonnet : du nom propre Sansonnet, diminutif de Sanson, autre forme de Samson
santon : provençal "petit saint"
sardine : "poisson de Sardaigne"
sardoine : "onyx de Sardaigne"
sardonique : "renoncule de Sardaigne" dont l'ingestion provoque une intoxication se manifestant par un rictus
                    o rire sardonique : rire moqueur
sarrasin : blé noir (à cause de la couleur noire du grain)
herse sarrasine (qu'on abattait entre le pont-levis et la porte d'un château fort)
savate : par l'italien ciabatta
seigneur : latin senior "ancien", terme de respect
séisme : du grec seismos "tremblement de terre"
semelle : "petite lame"
séminaire : proprement "pépinière", de semen "semence"
sénestre ou senestre : cf. sinistre
sérénade : cf. serein (contraire aubade)
serge : "étoffes de soie" ; cf. sérici-
sergent : "être au service de" ; cf. servir
seriner : "chanter" ; de serin
sérum : "petit-lait"
sieste : "sixième (heure), midi" ; cf. méridienne - d'après la division romaine du jour
sinécure : abréviation de beneficium sine cura "bénéfice ecclésiastique sans travail" ; cf. cure
cf. sine qua non (= sans laquelle non)
cf. sine die (= sans jour fixé)
slave : cf. esclave
sombrer : parce que le bateau disparaît comme une ombre dans les eaux
souci : proprement "qui suit le soleil", de sol, soleil, et sequi, suivre (cf. tournesol)
succursale : du lat. médiév. succursus "secours"
sylvi- : "forêt" - a donné notamment : Sylvie, Sylvain, sylvain (divinité), Transylvanie
tabernacle : "tente"
tiercelet : mâle de certains oiseaux de proie, plus petit d'un tiers que la femelle
               (tiercelet de faucon, d'épervier)
tournedos : à l'origine, le plat circulait derrière les convives
tournemain (en un) : temps qu'il faut pour tourner la main
tournesol : les fleurs de tournesol se tournant vers le soleil (syn. hélianthe ; cf. héliotrope)

*Canicule : nom donné à l'étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien, appelée actuellement Sirius. C'est même l'étoile la plus brillante du ciel.

La canicule est aussi l'époque où l'étoile Sirius se lève et se couche avec le Soleil. C'est-à-dire du 22 juillet au 22 août. Cette période de l'année marquait jadis le début de l'été à la latitude du Caire.

Encore ceci :

L'ancien français se distinguait notamment par une déclinaison à deux cas : le cas sujet (pour le sujet et l'attribut) et le cas régime (pour tous les compléments). Cette distinction a persisté notamment dans certains pronoms personnels : Il vient, je le vois, je lui parle.
Des six cas du latin, l'ancien français n'en a conservé que deux : cas sujet et cas régime. Au XIIIe siècle, le cas sujet disparut.

CAS SUJET (CS)                             CAS RÉGIME (CR)

autre                                                  autrui
gars                                                   garçon
sire                                                    sieur
messire                                              mon sire
(mes : cas sujet sing. de mon)

L'ancien français n'employait pas les accents. C'est à l'époque de la Renaissance que les grammairiens et les imprimeurs commencèrent à en faire un emploi régulier.

Curiosité. L'adjectif mesquin : un de nos mots les plus vieux. Il désignait une des deux grandes catégories d'individus dans la société mésopotamienne. Il nous vient de l'akkadien par l'arabe (miskin "pauvre"), deux langues sémitiques. Comme le nom clebs (arabe klab).

Lune de miel. C'est à Babylone que l'on retrouve son origine. L'usage voulait que le père de la mariée offre à son gendre, pendant tout le premier mois du mariage, autant de mead, une bière à base de miel, qu'il pouvait en boire. Et comme le calendrier était basé sur le cycle lunaire, le mois du miel est devenu la lune de miel. (D'après Jacques Mercier.)

Enfoncer le clou. Encore une expression qui remonte aux Sumériens (qui ont inventé l'écriture cunéiforme). Ils avaient inventé cette écriture pour garder trace de leurs affaires commerciales. Quand les parties étaient d'accord, on enfonçait le clou. L'affaire était définitivement conclue quand le clou était complètement enfoncé. (D'après Jacques Mercier.)

Œil pour œil, dent pour dent. Cette expression définit la loi du talion. La première trace en est inscrite dans les textes de Babylone, au XVIIIe siècle avant notre ère, dans le code d'Hammourabi. Elle fut reprise dans l'Ancien Testament, l'Exode et le Lévitique. (D'après Jacques Mercier.)

L'akkadien : la plus ancienne des langues sémitiques. L'akkadien a succédé au sumérien (la plus vieille langue écrite de l'humanité).

L'akkadien fait prédominer les signes phonétiques (à valeur de son) au détriment des idéogrammes (signes désignant un objet, un être ou une idée) propres au sumérien.

o Il est plus que temps d'arrêter.

o Une proposition de travail, de recherche passionnante comme l'est tout travail concernant l'étymologie : la recherche de l'origine des jours de la semaine et des noms des mois. Édifiant ! Notez déjà que ce n'est qu'en 1564 que le roi de France Charles IX fixa le début de l'année au 1er janvier.

o Un ouvrage de référence hors pair vous aidera lors de cette recherche : LE PETIT ROBERT. Un compagnon de tous les jours. Fidèle et sans égal.

o Si vous voulez essayer de donner le goût de la recherche personnelle à votre préadolescent(e), n'hésitez pas : LES GRILLES SÉMIQUES sont conçues dans cette optique. Elles font partie de ma production.

Cette page - et les autres traitant du français - n'ont d'autre but que de vous faire aimer davantage notre belle langue. Sa richesse, tout en nuances, permet des subtilités de langage et de raisonnement que les étrangers nous envient.

Avant de clôturer, encore ceci. Certains mots font des voyages étranges. Ainsi le verbe reluquer. Au départ, c'est un mot picard emprunté au wallon rilouki, de louki, moyen néerlandais loeken ; cf. anglais to look "regarder". Et que dire de relooker ?

En voici d'autres :

Abbé : de l'araméen abba, père.
Abricot
: catalan albercoc, de l'arabe al-barquq, du grec praekokhion, du latin praecoquus.
Adjudant : espagnol ayudante, de ayudar "aider", du latin adjuvare.
Alcool : latin des alchimistes alko(ho)l "substance produite par distillation totale" ; de l'arabe al-khol "antimoine pulvérisé" (khôl).
Algèbre : latin médiéval algebra, arabe al-jabr "contrainte, réduction".
Alouette : diminutif de l'ancien français aloe, latin alauda, d'origine gauloise.
Ambassade : italien ambasciata, du latin médiéval ambactia "service", d'origine gauloise.
Assassin : italien assassino, assessino (début XIVe) "tueur à gages", emprunté à l'arabe assasin, pluriel de assas "gardien", plutôt qu'à un dérivé de hasis "haschich".
Bâche : ancien français baschoe "baquer", du latin d'origine gauloise bascauda.
Balcon : italien balcone, d'origine germanique.
Ballast : mot scandinave, par le moyen bas allemand.
Banane : du portugais, lui-même emprunté à une langue bantoue.
Blaireau : ancien français bler "tacheté", francique °blari.
Bonze : portugais bonzo, du japonais bozu "prêtre".
Bouc : gallo-romain °buccus, peut-être du gaulois °bucco ou de bouquer "frapper avec des cornes" (bouter)
Braies : latin braca(e), mot gaulois (braguette).
Brave : italien et espagnol bravo, du latin barbarus (barbare).
Bruyère : latin populaire °brucaria, du bas latin brucus, gaulois °bruko.
Caïman : espagnol caiman ; mot caraïbe.
Calèche : allemand Kalesche, mot tchèque.
Camarade : espagnol camarada "chambrée" ; du latin camera "chambre".
Cambrioleur : de l'argot cambriole "chambre", provençal cambro.
Camphre : latin médiéval camphora ; arabe kâfoûr.
Caoutchouc : mot d'origine péruvienne ; cf. espagnol caucho.
Carafe : italien caraffa, espagnol garrafa, arabe gharaf.
Caramel : portugais caramelo, par l'espagnol caramel(o) "sucre fondu" ; probablement du bas latin calamellus, de calamus "roseau".
Cervoise : latin cerevisia, latin impérial cerevisia, d'origine gauloise.
Chacal : ciacale 1686, et nombreuses variantes ; persan chagal par plusieurs langues (turc, anglais, etc.).
Changer : du latin cambiare "échanger", d'origine celtique.
Chemin : du latin populaire comminus, d'origine celtique.
Chêne : bas latin °cassanus, mot gaulois.
Chérubin : latin ecclésiastique cherubin ; de l'hébreu kerûbîm, de kerûb.
Chiffre : latin médiéval cifra "zéro", de l'arabe sifr "vide".
Chocolat : de l'aztèque par l'espagnol.
Chouette (oiseau) : croisement de l'ancien français çuete et choe, du francique °kawa.
Coco (noix de coco) : du portugais, par l'italien et l'espagnol coco "croquemitaine", d'après l'aspect de la noix.
Cornac : emprunté au portugais cornaca, mot cinghalais.
Cramoisi : arabe qirm'zi "rouge de kermès", par l'espagnol ou l'italien.
Crique (anse, baie, calanque) : de l'ancien scandinave kriki "crevasse".
Cumin : latin cuminum, grec kuminon, d'origine sémitique.
Dard : latin dardus, du francique °darod.
Dessiner : altération de l'italien disegnare, d'après le latin designare.
Détective : anglais detective, de to detect "découvrir", du latin detegere.
Divan : turc diouan, arabe diwan, du persan (douane).
Douane : ancien italien doana, de l'arabe diwân, mot persan (divan).
Dune : moyen néerlandais dunen, du gaulois °duno "hauteur" ; cf. latin Lugdunum "Lyon".
Échanson : latin médiévial scantio, francique °skankjo.
Épeautre : latin impérial spelta ; mot germanique.
Escarbille : mot wallon ; de escrabiller, néerlandais schrabben.
Escrime : ancien italien scrima, du provençal ; a éliminé l'ancien français escremie, francique °skirmjan "protéger".
Esquiver : italien schivare, de schivo "dédaigneux" ; germanique °skiuh "farouche", francique °skiuhjan "craindre".
Essénien : latin impérial Esseni, grec Essenoi, probablement de l'araméen hasen "pieux".
Fagne : mot dialectal wallon ; francique °fanja (fange).
Faille (fracture de l'écorce terrestre) : wallon, terme de mineurs "interruption d'un filon", ancien français faille "manque", de faillir.
Fétiche : du portugais feitiço "artificiel" ; du latin facticius "artificiel".
Flèche (projectile) : francique °fliugika "celle qui fuit" ; cf. moyen néerlandais vliecke.
Gabelle : italien gabella, de l'arabe qabâla "impôt".
Gaillard : du gallo-romain °galia, de la racine celtique gal- "force".
Garrigue : provençal garriga, de garric "chêne, terrain pierreux", d'un radical préceltique °carra "pierre".
Géhenne : latin gehenna, de l'hébreu ge-hinnom "vallée de Hinnon", près de Jérusalem.
Gosier : bas latin geusiae "joue", d'origine gauloise.
Goujat : de l'ancien occitan goyat "garçon", de l'hébreu goya "servante chrétienne" (cf. goy).
Goupillon : de l'ancien français guipon ; ancien nordique vippa, d'un radical vip- "se balancer".
Gruger : du néerlandais gruizen "écraser", du radical francique °grût (gruau).
Guano : mot espagnol, du quechua huano.
Gutta-percha : mot anglais, du malais getah perca.
Hâblerie : de l'espagnol hablar "parler", du latin fabulari.
Hameau : de l'ancien français ham (cf. Ham-sur-Heure, Ham-sur-Meuse, Ham-sur-Sambre), francique °haim ; cf. allemand Heim, anglais home "domicile".
Hongrois : hongre
, ongre jusqu'au XVIe ; du latin d'Allemagne hungarus, du turc ogur "flèche", mot par lequel les Turcs désignaient les Magyars.
Houille
: wallon hoye, du francique °hukila "bosse, tas".
Janissaire : italien giannizzero, turc yeni çeri "nouvelle troupe".
                   ° Soldat d'élite de l'infanterie ottomane.
Jante : latin populaire °cambita, gaulois °camba "courbe".
Jardin : de l'ancien français gart "jardin", du francique gard "enclos", mot germanique à la base de l'allemand Garten et de l'anglais garden.
Jubilé : latin jubilœus, de l'hébreu yobhel "corne pour annoncer la fête".
Jungle : mot anglais, de l'hindoustan jangal "steppe".
Jury : anglais jury ; de l'ancien français jurée "serment, enquête".
Lascar : "matelot indien" ; portugais lascar, persan laskhar.
Lieue (ancienne mesure) : latin leuca, d'origine gauloise.
Lotte : gallo-romain lota, gaulois °lotta.
Luth : ancien provençal laüt, de l'arabe al-oûd.
Mangue : portugais manga, du tamoul.
Marabout : portugais marabuto, de l'arabe morâbit "moine-soldat".
                  ° Pieux ermite, saint de l'islam.
                  ° D'où le nom du grand oiseau  (qui rappelle l'attitude du saint en prière).
Marne (cf. glaise) : altération de marle, latin populaire °margila, mot gaulois ; cf. maerl.
Martyr : latin chrétien martyr, du grec martur "témoin (de Dieu)" ; cf. ancien français Martre (dans Montmartre).
Massepain : altération de l'italien marzapane, arabe martaban.
Matamore : "tueur de Maures".
Mélèze : mot dauphinois ; du roman °melice, croisement des noms gaulois (radical mel-) et latin (larix) de cet arbre.
Misaine (voile ; cf. mât de misaine) : d'après l'italien mezzana, de migenne, 1382 ; catalan mitjana "qui est au milieu", du latin medianus avec influence de l'italien mezzana.
Mocassin : algonquin makisin, par l'anglais.
Mousson : portugais mançao, par le néerlandais ; arabe mausim "époque, saison".
Mouton : gaulois °multo, gallois molt, irlandais molt "mâle châtré".
Nabab : du portugais ; mot hindoustani, arabe nuwwâb.
Nantir : de l'ancien français nant "gage", ancien scandinave nam "prise de possession".
Narval : danois narhval, d'origine islandaise, par le latin savant.
Nuque : latin médiéval nuca, nucha, de l'arabe nukha.
Oasis : bas latin oasis, mot grec emprunté à l'égyptien.
Obus : altération de l'allemand Haubitze, tchèque haufnice "catapulte".
Ocelot : mot aztèque.
Onyx : latin onyx, grec onux "ongle", cette pierre étant translucide comme un ongle.
Opossum : mot anglais américain, de l'algonquin oposon.
Orange : ancien italien melarancia ; de l'arabe narandj.
Ouragan : d'une langue des Antilles, par l'espagnol huracán "tornade".
Pagode : portugais pagoda, du tamoul pagavadam "divinité".
Palanquin : portugais palanquim, hindi pâlakî, sanskrit paryanka.
Palefroi : bas latin paraveredus, de veredus "cheval", d'origine celtique.
Palétuvier : du tupi apara-hiwa "arbre courbé".
Pampa : mot d'Amérique latine, emprunté au quechua.
Paria : mot portugais, tamoul parayan "joueur de tambour".
pâque, Pâques : latin chrétien Pascha, grec paskha, hébreu biblique pesa'h.
Parka : mot anglais américain, de l'inuit.
Patate : espagnol batata, patata, d'une langue indienne d'Haïti (taïno).
Personne : du latin persona, d'abord "masque d'acteur" puis "rôle" et "caractère", enfin "individu", d'origine étrusque.
Pharisien : latin ecclésiastique pharisaeus, grec pharisaios, de l'hébreu perûshîm "les séparés, ceux qui sont à part".
Phylactère : latin ecclésiastique phylacterium, grec phulaktêrion, traduction de l'hébreu tephîlîn.
Piranha : mot portugais, d'origine tupi.
Pirogue : espagnol piragua, mot caraïbe.
Polo (sport) : mot anglais, du tibétain.
Puma : mot espagnol emprunté au quechua.
Pyjama : anglais pyjamas, de l'hindoustani pâê-jama "vêtement de jambes".
Quai : mot normanno-picard, du gaulois °caio "enceinte" ; cf. chai.
Quille (cf. carlingue, étambot, étrave) : du norrois kilir ; cf. anglais keel.
Quinoa
: du quechua kinua, par l'espagnol.
Rabbin
: araméen rabbi "mon maître".
Raphia : mot malgache.
Raz : breton raz ; de l'ancien scandinave râs "courant d'eau".
Robot : du tchèque robota "travail forcé".
Rogue (dédaigneux) : ancien scandinave hrókr "arrogant".
Rorqual : norvégien røyrkval, ancien islandais reythar-hvalr, de reythr, nom de l'espèce, et hvalr "baleine".
Ruche : bas latin d'origine gauloise rusca "écorce", les premières ruches étant en écorce.
Rumba : mot espagnol des Antilles.
Rune : norvégien rune, et suédois runa ; gotique runa "secret, écriture secrète".
Rutabaga : du suédois rotabaggar "chou-rave".
Sabbat : latin ecclésiastique sabbatum, de l'hébreu s(c)habbat, par le grec sabbaton.
Saule : francique °salha ; a éliminé l'ancien français saus, du latin salix, salicis.
Silo : espagnol silo, et ancien français sil (XIIIe) ; latin d'origine grecque sirus.
Sinécure : anglais sinecure, du latin sine cura, abréviation de beneficium sine cura "bénéfice ecclésiastique sans travail".
Sirocco : italien sirocco, de l'arabe sarqi "vent oriental" ; marocain chergui.
Sonnet : italien sonnetto, du français sonet "chansonnette" ; de son "poème".
Sorbet : italien sorbetto, du turc chorbet, arabe populaire chourba, pour charbât "boisson" ; cf. sirop.
Soude : latin médiéval soda, arabe suwwâd.
Souhaiter : gallo-roman °subtus haitare, de subtus "sous" et radical germanique °haitan "ordonner, promettre".
Stalle : latin médiéval stallum, latinisation de l'ancien français estal (fin XIIe) ; francique °stal (étal).
Sucre : italien zucchero, de l'arabe sukhar, d'une langue indienne, cf. sanskrit çarkarâ, proprement "grain", d'où latin saccharum.
Taffetas : italien taffeta, du turco-persan taftâ "tissé".
Tagète : de Tages, divinité étrusque.
Talus : latin talutium, du gaulois °talo "front".
Tanche : bas latin tinca, mot gaulois.
Taquet : de l'ancien normand (es)taque, francique °stakka "poteau".
Tatouer : anglais tattoo, polynésien tatau.
Taudis : de l'ancien français se tauder "s'abriter", de l'ancien normand tjald (taud).
Taureau : de l'ancien français tor ; latin taurus, grec taurôs.
Thé : du chinois dialectal t'e ou malais teh, par le néerlandais ; la forme thé vient du latin moderne.
Thon : ancien provençal ton ; latin thunnus, grec thunnos.
Totem : anglais totem, d'un mot algonquin.
Toupet : de l'ancien français top, francique °top "sommet, pointe".
Toupie : anglo-normand topet (1060), de l'anglais top ; francique °top (cf. toupet).
Tsar : czar 1561 forme polonaise ; mot slave, du latin Cæsar, comme l'allemand Kaiser.
Uhlan : mot allemand, du polonais, tatar oglan "enfant".
Vague (de la mer) : ancien scandinave vâgr ; cf. allemand Woge.
Vampire : allemand Vampir, du serbe.
Vassal : latin médiéval vassallus, du gaulois -vassus (valet).
Véranda : mot anglais de l'Inde, du portugais varanda.
Wagon : mot anglais, du néerlandais wagen "chariot".
Hockey : de l'ancien français hoquet "crochet, bâton crochu", du francique °hôk.
Marshal
: du français marescal ; cf. maréchal.
Nurse
: mot anglais "infirmière", du français nourrice.
Palace
: mot anglais, du français palais.
Panel
: mot anglais, de l'ancien français panneau.
Pedigree
: mot anglais, de l'ancien français pié de grue.
Poney
: anglais pony, de l'ancien français poulenet "petit poulain".
Porridge
: mot anglais, corruption du français potage.
Quenotte
: mot normand, de l'ancien français canne, kenne "dent ; joue", francique °kinni "mâchoire".
Rail
: mot anglais ; cf. ancien français raille, reille "barre" ; latin regula.
Rifle
: mot anglais, de to rifle, du français rifler.
Square
: mot anglais, de l'ancien français esquarre ; cf. équerre.
T ennis
: mot anglais, emprunté au français tenez, exclamation du joueur lançant la balle ; cf. tenir.
T icket
: de l'ancien français estiquet (étiquette).
Warrant
: mot anglais, ancien français warant, forme dialectale de garant.

Un regret : flirter a éclipsé le beau fleureter. Dommage. Il nous est resté - heureusement - conter fleurette.

Je me dois de vous signaler l'existence de l'Association pour la sauvegarde et l'expansion de la langue française (ASSELAF).

22, rue François-Miros
F-75004 Paris

Directeur de la publication : Philippe de Saint Robert

Rédacteur en chef : Philippe Loubière

Écrivez-leur !

Autre ouvrage : Dictionnaire des expressions et locutions par Alain Rey et Sophie Chantreau, Les usuels du Robert, Poche, Dictionnaires Le Robert.

    Qui n'a pas reconnu notre célèbre Jacques MERCIER ?

Mais je m'en voudrais de ne pas mentionner la rubrique très suivie du professeur Michel FRANCARD "Vous avez de ces mots" dans le journal LE SOIR.
J'espère qu'il ne m'en voudra pas trop de vous communiquer son adresse électronique. Il est si disponible - une denrée très rare, trop rare même - de nos jours qu'il convient de le souligner.
N'en abusez quand même pas (trop). La voici : Michel FRANCARD.

Ce chroniqueur très apprécié est aussi l'auteur du très remarqué Dictionnaire des belgicismes chez De Boeck supérieur.

Enfin, ce professeur (bien de chez nous...) est aussi un des nombreux collaborateurs du Petit Robert.
C'est grâce à lui que vous y découvrirez les (nouvelles) entrées « belges ».

Pour continuer sur votre lancée.

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