Cher Ami lecteur,
Chère Amie lectrice,

Les dictées : comment les concevoir

Au début de ma carrière, je faisais régulièrement des dictées aux enfants. Jusqu'au jour où ma directrice - éclairée - me propose, tout en me laissant entière liberté : "Mais laissez-leur utiliser leur livre de grammaire et le dictionnaire. Et tout ce dont ils ont besoin." Ma réponse : "Mais alors, ce n'est plus une dictée."

Cette question m'a interpellée pendant un bon bout de temps : je ne parvenais pas à comprendre. Il est un fait que ce n'était plus une dictée. Mais, à propos, qu'est-ce qu'une dictée ? À quoi sert-elle? Quel est son but ? À améliorer l'orthographe ?

Mettons-nous à la place de l'élève. Et supposons que nous soyons soumis à la fameuse dictée de Mérimée. Deux situations se présenteront sûrement :

1° j'hésite sur plusieurs mots ou accords. Et, machinalement, je me renseigne (dictionnaire, avis d'un voisin, etc.) ;

2° je n'hésite pas et, pourtant, je commets des erreurs (que j'ignore).

Conclusion : j'aurai plus appris dans la première situation que dans la deuxième.

Depuis ce jour, tout a changé dans ma manière de concevoir la dictée. Ma directrice m'avait rendu un grand service. J'y pense encore souvent. Je l'en remercie. Oui, les enfants avaient beaucoup à gagner.

Avec la dictée classique, le professeur sait à l'avance qui obtiendra un bon ou un mauvais résultat. L'enfant aussi : il n'est pas dupe. À tel point que certains maîtres confondent dictée avec zéro ou échec. Pour ces élèves, pas de bénéfice. Tout au contraire : c'est l'aggravation d'une incapacité. Bref, une situation de plus en plus sévère. Qui ne cesse d'empirer.

Dans ce contexte, quelle est la seule dictée profitable ? Celle de mots d'orthographe d'usage pure et simple. Par exemple, une liste de 10 mots à étudier et à dicter dans le désordre. Mais sans en changer ni le genre ni le nombre. C'est l'orthographe d'usage pour laquelle il n'y a pas d'explication basée sur la grammaire.

Voici le procédé que j'avais mis en pratique :

Je dictais un texte court, choisi, amusant ou beau. Mieux encore : une histoire à épisodes. Ce qui donnait envie de voir arriver la prochaine dictée. Je demandais de n'utiliser qu'une ligne sur deux. Ainsi de la place était libérée en suffisance pour la correction. Après la dictée, l'élève pouvait utiliser tout son matériel (dictionnaire, cahier de grammaire, références personnelles) pendant le temps nécessaire (en général, quarante à cinquante minutes selon l'âge).

L'enfant recopiait un texte propre. Je corrigeais en soulignant une fois les fautes d'orthographe d'usage. Et deux fois les fautes d'orthographe grammaticale. Pour faire la différence dans la correction. Et je cotais.

Au bout de l'année, les plus faibles avaient bien progressé. Leur orthographe s'améliorait nettement. Leurs connaissances grammaticales aussi. Plus appréciable encore : ils avaient une meilleure image d'eux-mêmes.

Essayez ! Cela en vaut vraiment la peine. Mais il faut avoir à l'esprit qu'il s'agit d'un travail de longue haleine.

Il est bien évident que ces corrections peuvent se faire oralement avec l'enfant. Mais dans une classe, c'est difficile si on veut que le travail profite à chacun.

La correction des corrections est un gros travail pour l'instituteur qui doit rendre et revoir plusieurs fois la copie de l'élève.

Extrait de : Grammaire-conjugaison-analyse-orthographe à l'école primaire.

Guides à l'intention des parents en vue d'aider leur(s) enfant(s).

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